DOSSIER N°13 : L’ECHANGE DES SOUFFLES

DOSSIER N°13 : L’ECHANGE DES SOUFFLES

Je me revois devant ma mère, mendiant presque son accord :

« Est-ce que cela te dérange si le père de ma fille me rejoint ? Je ne me sens pas très bien… ».

Elle ne comprend pas. Elle, qui a recueilli mes larmes et mes plaintes contre lui, me regarde avec une incrédulité silencieuse. Comment pourrait-elle comprendre ce que je ne saisis pas moi-même ? Je suis animée par une force obscure, une régression vitale. Présentement, je ne vois pas d’autre issue que d’appeler mon propre geôlier. Elle accepte.

Le lendemain, sur le quai de la gare, je vais le chercher. À sa vue, je ressens un soulagement immédiat, terrifiant. C’est le retour de la petite fille qui, autrefois, voyait ses maux de ventre s’évanouir dès que son père franchissait le seuil de l’école pour venir la chercher. On m’accusait d’affabuler, mais c’était déjà ce mécanisme-là : le visage familier qui, même toxique, calme l’angoisse de l’inconnu.

Mais l’air devient instantanément irrespirable. Chez ma mère, l’ambiance est une lame de rasoir, froide et hostile. Protection ? Désapprobation ? Peu importe, le Sud n’est plus un sanctuaire, c’est une chambre à gaz émotionnelle. Nous fuyons dans la nuit.

De retour à la maison, le silence est lourd de la souffrance de mon chien. Il est là, inerte, son corps s’alourdissant sous l’immobilité de sa paralysie. On parle d’euthanasie. Je refuse, je lutte, je masse, je prie. Mais la vie m’échappe de toutes parts. Quinze jours plus tard, c’est mon propre corps qui se dérobe. Nausées, migraines atroces, faiblesse de spectre. Je fais un test de grossesse, par pur acquit de conscience, pour rayer une ligne sur la liste des causes possibles.

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